Guides de l'acheteur
Comparer ses fournisseurs :la méthode pour comparer les prix à base égale
Comparer les tarifs de plusieurs fournisseurs à base égale : espèce, calibre, présentation, unité, frais en sus, fraîcheur du tarif. Méthode et pièges.
Mis à jour le 9 min de lecturela rédaction LiveCriée
- 12Fournisseur A22,00 €53,80 €
- 23Fournisseur B23,50 €56,43 €
- 31Fournisseur C48,00 €48,00 €
- + transport ramené au kilo
- ÷ rendement filet avec peau
Sommaire
- Pourquoi deux prix ne se comparent-ils presque jamais tels quels ?
- Les six points à aligner avant de regarder le prix
- Que faut-il ajouter au prix affiché ?
- Ce tarif est-il bien celui d'aujourd'hui ?
- Comment tenir un tableau de comparaison à la main ?
- Quels sont les pièges les plus fréquents ?
- Questions fréquentes
Comparer ses fournisseurs, c'est ramener leurs tarifs à une base commune avant de regarder le prix : même produit, même calibre, même présentation, même unité, même origine, puis ajouter ce que coûte réellement l'achat (transport, minimum de commande, rendement) et vérifier que le tarif est bien celui du jour. Tant que ces étapes ne sont pas faites, le prix le plus bas sur le papier n'est pas forcément le moins cher dans la cuisine ou en vitrine.
Ce guide s'adresse à ceux qui reçoivent chaque matin les tarifs de plusieurs fournisseurs : restaurateurs, poissonniers, fromagers, grossistes. Les exemples sont pris dans la marée, où les prix changent tous les jours, avec un exemple en crèmerie.
Pourquoi deux prix ne se comparent-ils presque jamais tels quels ?
Parce que chaque fournisseur écrit son tarif dans sa langue : ses noms de produits, ses abréviations, son unité, ses conditions. Rien n'est faux, mais rien n'est aligné. Un « bar ligne 1/2 » chez l'un, un « loup +1 kg vidé » chez l'autre et un « filet de bar » chez un troisième peuvent répondre au même besoin sans parler du même produit. Le guide de la mercuriale détaille comment lire une ligne de tarif de marée.
Les six points à aligner avant de regarder le prix
| Point | Ce qu'il faut aligner | Exemple marée | Exemple crèmerie |
|---|---|---|---|
| Espèce ou produit | Le même produit, quel que soit son nom | « loup » et « bar » sont le même poisson ; « baudroie » et « lotte » aussi | « comté » d'un affinage donné, pas « comté » tout court |
| Calibre | Des fourchettes de poids qui se recouvrent vraiment | « 1/2 kg » contre « +1 kg » : le second peut contenir des poissons de 3 kg | Une meule, une demi-meule, un bloc ou une portion n'ont pas le même prix au kilo |
| Présentation | Le même état à la livraison | entier, vidé, étêté, en filet avec ou sans peau, en pavé | à la coupe, préemballé, sous vide |
| Unité | Le même dénominateur | au kilo, à la pièce, à la douzaine, au colis | au kilo, à la pièce, au carton |
| Origine | La même zone ou le même port | pêché en Atlantique Nord-Est ou importé | lieu de fabrication, appellation |
| Mode de production | La même façon de produire | sauvage ou d'élevage ; ligne, chalut, filet | lait cru ou pasteurisé ; fermier ou laitier |
Pour les produits de la pêche, la réglementation européenne impose au stade de la vente au consommateur la dénomination commerciale, la méthode de production (pêché ou élevé), la zone de capture et la catégorie d'engin de pêche (règlement UE n° 1379/2013, article 35). Le poissonnier qui revend a donc besoin de ces informations, et c'est aussi une bonne grille pour comparer.
Le calibre mérite une attention particulière : les fournisseurs ne nomment pas leurs calibres de la même façon. L'un écrit en fourchettes de poids, l'autre en nombre de pièces au kilo, un troisième en catégories réglementaires (calibre 1 étant toujours le plus gros). Le guide des calibres donne les correspondances.
Que faut-il ajouter au prix affiché ?
Le prix d'un tarif est un prix unitaire. Le prix qui compte est celui du produit arrivé chez vous, prêt à être travaillé. Quatre éléments le font bouger.
- Le transport
Un prix « départ » se paie transport en sus ; un prix « rendu » ou « livré » l'inclut. Ramenez les frais de port au kilo commandé.
- Le franco
Au-delà d'un certain montant ou d'un certain poids, le transport est offert. Un prix plus élevé avec franco atteint peut revenir moins cher qu'un prix bas sans franco.
- Le minimum de commande
Si le fournisseur impose un colis de 5 kg et que vous avez besoin de 2 kg, la question est ce que deviennent les 3 kg restants.
- Le rendement
Un prix de poisson entier et un prix de filet ne se comparent qu'au kilo utile : prix au kilo divisé par le rendement. Le guide du coût matière donne les rendements par espèce.
Voici trois offres pour le même besoin, du bar de ligne pour des filets avec peau. Exemple illustratif : prix, frais et rendement inventés pour la démonstration.
Fournisseur A
sur le tarif 1- Ce qui est écrit
- Bar ligne 1/2 kg vidé, 22,00 €/kg, départ
- Commande
- 15 kg (25 € de port)
- Transport ramené au kilo
- 25 € ÷ 15 kg = 1,67 €
- Prix rendu au kilo
- 23,67 €
- Rendement filet avec peau
- 44 %
Fournisseur B
sur le tarif 2- Ce qui est écrit
- Bar ligne 1/2 kg vidé, 23,50 €/kg, franco 30 kg
- Commande
- 15 kg (franco non atteint, 20 € de port)
- Transport ramené au kilo
- 20 € ÷ 15 kg = 1,33 €
- Prix rendu au kilo
- 24,83 €
- Rendement filet avec peau
- 44 %
Fournisseur C
sur le tarif 3- Ce qui est écrit
- Filet de bar avec peau, 48,00 €/kg, rendu
- Commande
- 6,6 kg de filet
- Transport ramené au kilo
- compris
- Prix rendu au kilo
- 48,00 €
- Rendement filet avec peau
- 100 %
Sur le tarif, A est le moins cher et C paraît deux fois plus cher. Une fois tout ramené au kilo de filet, C passe devant, à condition que son filet corresponde à votre découpe et que vous ne valorisiez pas les arêtes en fumet. Et si votre commande chez B atteignait les 30 kg du franco, B redeviendrait compétitif. Aucune de ces conclusions ne se lit sur le tarif brut.
Ce tarif est-il bien celui d'aujourd'hui ?
En marée, un tarif vaut en général pour la journée, et « sous réserve d'arrivage ». Le comparer avec celui de la veille d'un autre fournisseur n'a pas de sens : la criée a pu bouger entre les deux. Avant de comparer, vérifiez trois choses :
- La date et l'heure d'envoi. Un tarif reçu la veille au soir et un tarif reçu à 7 h ne reflètent pas forcément la même vente.
- Les mentions de validité. « Ce jour », « jusqu'à épuisement », « sous réserve d'arrivage ».
- Les produits absents. Une espèce qui disparaît d'un tarif n'est pas forcément épuisée partout ; elle peut aussi être restée sur le tarif d'un autre par oubli.
En crèmerie, les tarifs bougent moins souvent, mais ils bougent. Un tarif de fromages datant de plusieurs semaines peut ne plus être à jour : demandez la date de la dernière mise à jour.
Comment tenir un tableau de comparaison à la main ?
Sans outil dédié, un tableur suffit, à condition de garder la même structure tous les jours.
| Colonne | Contenu |
|---|---|
| Date et heure du tarif | Pour ne jamais comparer un tarif de la veille |
| Fournisseur | Une ligne par offre, pas une colonne par fournisseur |
| Libellé d'origine | Recopié tel quel, pour pouvoir revenir à la source |
| Produit normalisé | Votre nom à vous : « bar », jamais « loup » sur une ligne et « bar » sur l'autre |
| Calibre normalisé | Une fourchette en grammes ou en kilos |
| Présentation | Entier, vidé, filet avec peau, filet sans peau… |
| Origine et mode | Zone ou port ; sauvage ou élevage ; engin |
| Prix et unité d'origine | Tels qu'écrits sur le tarif |
| Prix ramené à votre unité | Au kilo, ou à la pièce pour ce qui se vend à la pièce |
| Frais ajoutés au kilo | Transport, part de colis perdue |
| Prix comparable | Celui sur lequel vous décidez |
Trois conseils de terrain. Limitez le tableau à vos produits clés : ceux qui pèsent le plus dans vos achats ou sur votre carte. Gardez un onglet par jour plutôt que d'écraser la veille : au bout de quelques semaines, vous saurez si un prix est haut ou bas pour la saison. Et notez vos rendements mesurés en cuisine plutôt que des chiffres de livre : ce sont les seuls qui valent pour vous.
Quels sont les pièges les plus fréquents ?
Un calibre nommé autrement. « Moyen », « 2 », « 500/800 » et « 3 à 4 pièces au kilo » peuvent désigner des poissons proches ou très différents. Tant que le calibre n'est pas écrit en poids, demandez.
Un prix au colis face à un prix au kilo. Exemple illustratif : un fournisseur propose des huîtres creuses n° 3 à 0,90 € la pièce, un autre à 10,20 € la douzaine, un troisième à 39,00 € la bourriche de 48 pièces. Ramenées à la pièce : 0,90 €, 0,85 € et 0,81 €. Le moins cher est celui qui oblige à prendre le plus gros volume ; il ne l'est vraiment que si vous écoulez les 48 pièces. Vérifiez l'unité et, pour une bourriche, le nombre de pièces ou le poids. Même logique pour un colis de poisson : vérifiez que le poids annoncé est net, hors glace.
Un tarif de la veille. Il traîne dans la boîte, il est plus bas, on le prend pour référence. Le fournisseur le corrigera à la commande.
Le même nom, deux produits. « Comté » sans âge d'affinage, « filet » sans précision de peau, « dos » ou « pavé » sans poids : ces mots n'ont pas de définition commune d'un fournisseur à l'autre.
Comparer un jour isolé. Un prix bas ce matin ne dit pas si le fournisseur est bon. Comparé sur plusieurs semaines, il le dit.
Oublier ce qui ne se voit pas sur le tarif. Régularité des livraisons, qualité constante, souplesse sur les substitutions, conditions de paiement. Vous pouvez demander à chaque fournisseur ses conditions générales de vente : un fournisseur qui a établi des conditions générales de vente doit les communiquer à tout acheteur qui les demande pour son activité professionnelle, sur un support durable (article L441-1 du Code de commerce). Elles comprennent notamment le barème des prix unitaires, les réductions et les conditions de règlement.
Questions fréquentes
Comment comparer les prix de plusieurs fournisseurs ?
Ramenez chaque offre à la même base : même produit, même calibre, même présentation, même unité, même origine. Ajoutez le transport et l'effet du minimum de commande, divisez par le rendement si les présentations diffèrent, puis comparez des tarifs du même jour.
Faut-il toujours choisir le fournisseur le moins cher ?
Non. Le prix comparable n'est qu'un critère. La régularité de la qualité, la fiabilité des livraisons et la capacité à dépanner un jour de manque comptent autant, surtout en marée.
Comment comparer un prix au kilo et un prix à la pièce ?
Convertissez dans votre unité de travail. Pour un produit vendu à la pièce, ramenez tout à la pièce ; pour un produit pesé, demandez le poids moyen d'une pièce et ramenez au kilo.
À quelle fréquence comparer ses fournisseurs ?
En marée, chaque jour de commande sur les produits clés, puisque les prix changent tous les jours. Pour des produits plus stables comme les fromages, à chaque nouveau tarif reçu, et au moins une revue complète de temps en temps.
Sources
- Règlement (UE) n° 1379/2013 portant organisation commune des marchés dans le secteur des produits de la pêche et de l'aquaculture, article 35 (informations obligatoires) : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32013R1379
- Code de commerce, article L441-1 (conditions générales de vente entre professionnels), version en vigueur depuis le 26/04/2019 (ordonnance n° 2019-359 du 24/04/2019), identifiant LEGIARTI000038414469, lu le 22/10/2026 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000005634379/LEGISCTA000038414475/
- Seafish, Seafood Guide, tableau « Yields » (rendement du bar en filet avec peau, 44 %) : https://training.seafish.co.uk/wp-content/uploads/2024/05/Yields-page.pdf
Pour aller plus loin
- Guides de l'acheteurLa mercuriale en maréeLa mercuriale est la liste des prix du jour d'un mareyeur. Comment la lire ligne par ligne et comparer celles de plusieurs fournisseurs.
- Guides de l'acheteurPoisson de saison en décembreDécembre en marée : Saint-Jacques au plus haut, huîtres, bar, praire, crevette bouquet. Prix des fêtes, substitutions et fermeture de janvier.
- Guides de l'acheteurPoisson de saison en novembreNovembre en marée : bar, Saint-Jacques, hareng, crevette bouquet, poulpe. Fin de la sardine et des crustacés d'été. Substitutions et prix.