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Guides de l'acheteur

La mercuriale en marée :définition, lecture et comparaison

La mercuriale est la liste des prix du jour d'un mareyeur. Comment la lire ligne par ligne et comparer celles de plusieurs fournisseurs.

Mis à jour le 8 min de lecturela rédaction LiveCriée

Mercuriale du jourExemple illustratif
Sommaire
  1. À quoi sert une mercuriale de marée ?
  2. Comment lire une ligne de mercuriale ?
  3. Les calibres : ce que disent les normes
  4. Comment comparer les mercuriales de plusieurs mareyeurs ?
  5. Quels sont les pièges courants ?
  6. Questions fréquentes

La mercuriale est la liste des prix qu'un mareyeur ou un grossiste envoie à ses acheteurs professionnels pour la journée : pour chaque produit, l'espèce, la présentation, le calibre, l'origine, le mode de pêche, le prix au kilo et le conditionnement. En marée, elle change tous les jours, parce que l'arrivage change tous les jours.

Le mot a d'autres sens. Historiquement, la mercuriale est le relevé officiel des prix courants des denrées vendues sur un marché public. En restauration collective et dans les achats publics, il désigne aussi une liste de prix de référence négociée avec un fournisseur pour une période donnée. Ce guide parle du sens que connaissent les poissonniers, les chefs et les importateurs : la liste du jour.

À quoi sert une mercuriale de marée ?

Elle répond à trois questions que se pose l'acheteur chaque matin :

  • Qu'est-ce qui est arrivé ? La mercuriale reflète les ventes en criée et les arrivages de la veille ou de la nuit. Une espèce absente un jour peut revenir le lendemain.
  • À quel prix ? Le prix est fixé pour la journée, rarement plus. Il suit la criée, la météo et la demande.
  • Jusqu'à quand ? Une mercuriale de marée vaut en général pour le jour même, et porte souvent la mention « sous réserve d'arrivage ». Une commande passée tard peut ne plus trouver le produit.

Elle arrive sous des formes très variées : PDF, tableur, message WhatsApp, photo d'un tableau, appel téléphonique, parfois encore fax. Chaque maison a sa mise en page, ses abréviations, ses noms de produits. C'est ce qui rend la lecture plus longue qu'il n'y paraît.

Comment lire une ligne de mercuriale ?

Prenons une ligne type (exemple illustratif) :

BAREspèce LIGNEMode de pêche 1/2 KGCalibre PTE BRETAGNEOrigine VIDÉPrésentation 26,00 €Prix colis 5 kgConditionnement

Elle contient presque tout ce qu'il faut savoir, en abrégé. Voici comment la décomposer.

ChampCe qu'il faut lireExemplesLe piège
EspèceLa dénomination commerciale, parfois le nom localbar, loup ; baudroie, lotte ; lieu jauneUn même poisson porte plusieurs noms selon la façade : « loup » en Méditerranée, « bar » en Atlantique
PrésentationL'état du produit livréentier, vidé, étêté, queue, filet avec ou sans peau, pavéUn prix de filet et un prix d'entier ne se comparent pas : il faut passer par le rendement
CalibreLe poids unitaire ou le nombre de pièces au kilo1/2 kg (1 à 2 kg), 500/800 g, langoustine 20/30« +1 kg » peut couvrir des poissons de 1 kg comme de 3 kg
OrigineLa zone de capture ou le port de débarquementBretagne, Atlantique Nord-Est, pointe de BretagneL'origine commerciale (un port) n'est pas la zone de capture réglementaire
Mode de pêcheL'engin ou le type de navireligne, chalut, filet, casier, côtier, hauturier« Côtier » ou « petit bateau » dit la durée de la marée, pas l'engin
QualitéLa fraîcheur ou un tri maisonExtra, A, B (catégories de fraîcheur utilisées en criée, parfois reprises sur les mercuriales) ; « 1er choix »Les catégories maison ne sont pas normalisées d'une maison à l'autre
PrixLe prix unitaire, presque toujours au kilo et hors taxes26,00 €/kg HTPrix « départ » (transport en sus) ou « rendu » (livré) : la mercuriale ne le précise pas toujours
ConditionnementLe colisage minimalcolis 5 kg, caisse polystyrène, à la pièceUn colis de 5 kg pour un besoin de 2 kg change le coût réel
ValiditéLa période et les conditions« ce jour », « sous réserve d'arrivage », franco à partir de tantLe franco de port peut rendre un prix plus élevé moins cher au final

Pour le consommateur final, la réglementation européenne impose plusieurs de ces informations à l'étiquette : dénomination commerciale et nom scientifique, méthode de production, zone de capture, catégorie d'engin de pêche, mention « décongelé » le cas échéant (règlement UE n° 1379/2013, article 35). Le poissonnier qui revend doit donc les retrouver dans ce que lui transmet son fournisseur.

Les calibres : ce que disent les normes

Les mareyeurs écrivent le plus souvent leurs calibres en fourchettes de poids (« 500/800 », « 1/2 kg ») ou en nombre de pièces au kilo. Derrière, il existe une grille européenne de catégories de taille, fixée par le règlement CE n° 2406/96 (annexe II), toujours en vigueur. Le calibre 1 y est toujours le plus gros.

EspèceCalibre 1Calibre 2Calibre 3Calibre 4Calibre 5
Sole (kg par poisson)0,5 et plus0,33 à 0,50,25 à 0,33 (1)0,20 à 0,250,12 à 0,20
Merlu (kg par poisson)2,5 et plus1,2 à 2,50,6 à 1,20,28 à 0,60,2 à 0,28
Baudroie étêtée (kg)4 et plus2 à 41 à 20,5 à 10,2 à 0,5
Cardine (kg par poisson)0,45 et plus0,25 à 0,450,20 à 0,250,11 à 0,20
Langoustine entière (pièces au kilo)20 et moins21 à 3031 à 40plus de 40

Source : règlement CE n° 2406/96, annexe II, barème de la sole applicable depuis le 1er janvier 1998, toujours en vigueur. La borne basse est incluse, la borne haute exclue. (1) Le texte écrit 0,25 à 0,35 kg pour la catégorie 3 de la sole, ce qui chevauche la catégorie 2 ; nous retenons 0,33.

Deux conséquences pour l'acheteur. D'abord, « calibre 2 » chez un mareyeur et « 1/2 kg » chez un autre ne désignent pas forcément le même poisson. Ensuite, le calibre pèse sur le prix au kilo, souvent de façon non linéaire : les gros sujets se paient plus cher au kilo, mais donnent un meilleur rendement en filet. Le guide du coût matière fait le calcul.

Comment comparer les mercuriales de plusieurs mareyeurs ?

C'est là que le temps passe. Voici trois lignes typiques reçues le même matin pour le même besoin, du bar de ligne d'environ 1,5 kg. Exemple illustratif : libellés et prix inventés.

Ce qui est écritCe qu'il faut ramener à une même base
Mareyeur ABar lig. 1-2 Bret. 24,90Vidé ou entier ? Prix départ ou rendu ?
Mareyeur BBAR DE LIGNE 1/2 KG PTE BRETAGNE 26,00 € franco 30 kgRendu au-delà de 30 kg de commande
Mareyeur CLoup ligne +1 kg 23,50 € départ« +1 kg » : le lot peut contenir des poissons de 3 kg ; transport à ajouter

Rien de tout cela n'est faux : chaque ligne est juste, écrite dans la langue de la maison. Mais pour comparer, il faut tout réécrire dans une grille commune :

  1. Même désignation

    Ramener « loup », « bar », « bar lig. » à une seule espèce.

  2. Même présentation

    Entier avec entier, vidé avec vidé. À défaut, convertir par le rendement.

  3. Même calibre

    Comparer des fourchettes qui se recouvrent vraiment, pas « +1 kg » contre « 1/2 kg ».

  4. Même prix

    Ajouter le transport aux prix départ, tenir compte du franco et du colisage minimum.

  5. Même moment

    Une mercuriale de 6 h et une de 9 h ne reflètent pas forcément la même criée.

  6. Même histoire

    Un prix bas un jour ne dit rien. Le comparer au prix de la semaine ou du mois chez le même fournisseur dit beaucoup.

Avec trois mareyeurs et vingt références, l'exercice prend déjà du temps. Avec huit fournisseurs, il devient le premier travail de la matinée, alors que toute l'information était déjà écrite.

Quels sont les pièges courants ?

  • Comparer des prix au kilo brut sans regarder la présentation ni le rendement.
  • Oublier le transport quand un fournisseur vend départ et l'autre rendu.
  • Se fier au nom du produit : « dos », « pavé », « filet » n'ont pas de définition commune d'une maison à l'autre.
  • Lire « ligne » comme un label. C'est un mode de pêche annoncé par le vendeur ; les labels (Pêcheur responsable, MSC, Label Rouge) sont une autre question, traitée dans un guide dédié.
  • Négliger la validité. Un prix vu à 7 h n'est pas garanti à 10 h, surtout sur les espèces rares ce jour-là.
  • Ne regarder que le jour. Sans historique, impossible de savoir si un prix est haut ou bas pour la saison. Le calendrier de saison aide à situer les espèces.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une mercuriale en restauration ?

C'est la liste des prix proposés par un fournisseur. En marée, elle est quotidienne et envoyée par le mareyeur ou le grossiste ; en restauration collective, elle peut désigner une liste de prix négociée pour plusieurs semaines.

Qui envoie la mercuriale, et quand ?

Le mareyeur, le grossiste ou le poissonnier de gros, en général tôt le matin, parfois la veille au soir. Le canal et l'heure varient d'une maison à l'autre : email, WhatsApp, téléphone.

Le prix d'une mercuriale est-il négociable ?

Il sert de base. Le volume, la régularité des commandes et les conditions de livraison peuvent le faire bouger. Connaître l'historique du prix rend la discussion plus factuelle.

Que veut dire « 1/2 » ou « 20/30 » sur une mercuriale ?

« 1/2 » signifie en général des poissons de 1 à 2 kg pièce. « 20/30 » désigne un nombre de pièces au kilo, courant pour la langoustine ou la crevette : entre 20 et 30 pièces dans un kilo.

Pourquoi le même poisson n'a-t-il pas le même prix chez deux mareyeurs ?

Parce qu'il n'est presque jamais exactement le même : calibre, présentation, mode de pêche, fraîcheur, transport compris ou non. Une fois tout ramené à la même base, les écarts réels sont souvent plus faibles qu'ils n'en ont l'air.

Combien de mercuriales faut-il comparer ?

Assez pour avoir le choix sur vos espèces clés, pas plus que ce que vous pouvez lire chaque matin. La plupart des acheteurs travaillent avec plusieurs fournisseurs par sécurité d'approvisionnement.

Sources

Pour aller plus loin