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Guides de l'acheteur

Mareyeur, grossiste ou criée :par qui passer selon son volume et son métier

Criée, mareyeur ou grossiste : accès, franco, minimums, délais, risque fraîcheur et prix rendu, avec un tableau de décision par profil et par volume.

Mis à jour le 9 min de lecturela rédaction LiveCriée

Sommaire
  1. Peut-on acheter soi-même en criée ?
  2. Mareyeur ou grossiste : qu'est-ce qui change pour vous ?
  3. Qui porte le risque fraîcheur pendant le transport ?
  4. Quel canal pour quel profil ? Le tableau de décision
  5. Que change le canal sur le prix rendu ? Un exemple illustratif
  6. Comment combiner les canaux ?
  7. Questions fréquentes

Acheter en criée, c'est enchérir soi-même sur des lots entiers, comme acheteur déclaré auprès de la halle ; acheter à un mareyeur, c'est lui confier cet achat, le tri et l'expédition ; acheter à un grossiste, c'est payer un maillon de plus pour une livraison locale, avec peu ou pas de minimum, sur une gamme large. Le bon canal dépend d'abord de votre volume hebdomadaire, ensuite de votre métier et de votre distance au port.

Le hub « Trouver un mareyeur » décrit qui fait quoi. Ce guide va plus loin : ce que chaque canal exige de vous, ce qu'il vous coûte, et à partir de quel volume il devient rentable.

Peut-on acheter soi-même en criée ?

Oui, à des conditions pensées pour l'achat en gros : le code rural parle d'une première mise en marché « en vue de leur vente en gros » (art. D. 932-8).

  • Se déclarer auprès du gestionnaire de la halle. L'acheteur fournit la preuve de son inscription au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises (métiers de l'alimentation ou de la transformation des produits de la mer), son numéro de TVA et les éléments de son cautionnement. La halle tient la liste des acheteurs déclarés (code rural et de la pêche maritime, art. D. 932-8 et D. 932-9).
  • Déposer un cautionnement. Il garantit le paiement des lots achetés, que la halle reverse aux armateurs. Son montant correspond à la couverture financière de vos achats (code rural, art. D. 932-9). Un fonds national géré par FranceAgriMer, le FNCA, peut compléter ce cautionnement pour les acheteurs déclarés qui adhèrent à une société de cautionnement mutuel conventionnée.
  • Respecter le règlement d'exploitation de chaque halle, arrêté par le préfet : déroulement des ventes, conditions de paiement, sanctions (code rural, art. D. 932-11 et D. 932-12). Les frais facturés par la halle s'ajoutent au prix d'adjudication : demandez la grille tarifaire du port.
  • Être présent ou connecté. Selon les criées, on enchérit en salle, à distance, ou les deux : à Boulogne-sur-Mer, la vente est ouverte aux poissonniers et aux restaurateurs, en salle ou à distance, après enregistrement auprès de l'organisme de cautionnement de la criée (voir la page du port).
  • Enlever le lot entier. Un lot regroupe en général une ou plusieurs caisses d'une même espèce, d'un même calibre et d'une même catégorie de fraîcheur. Vous ne choisissez pas 4 kg dans la caisse.

Une fois le lot adjugé, il vous appartient : préparation, glaçage, transport et invendus sont à votre charge.

Mareyeur ou grossiste : qu'est-ce qui change pour vous ?

CritèreCriée en directMareyeurGrossiste local (MIN, Rungis, livreur)
AccèsDéclaration, cautionnementOuverture de compte, parfois un premier règlement comptantCarte d'acheteur au marché de gros, ou simple compte client
Unité d'achatLe lot entier (une ou plusieurs caisses)Le colis, au poids fixé par le mareyeurLe kilo, parfois la pièce
Franco et minimumSans objet, vous enlevezMinimum par colis ; franco au-delà d'un poids ou d'un montantPeu ou pas de minimum en tournée
DélaiLe jour de la vente, si vous êtes sur placeEn général livré le lendemain, selon le mareyeur et le transporteurLe jour même ou le lendemain
GammeCelle du port, ce jour-làCelle de son port et des criées voisinesPlusieurs ports et l'import
PréparationÀ votre chargeTri, vidage, filetage à la demandeSelon le grossiste
Risque fraîcheurLe vôtre dès l'adjudicationPartagé : le mareyeur sur la préparation, vous ou lui sur le transport selon que la vente est départ ou rendueCelui du grossiste jusqu'à la livraison

Les unités, minimums et délais varient d'un fournisseur à l'autre : ce sont des ordres de grandeur.

Qui porte le risque fraîcheur pendant le transport ?

C'est la question qu'on oublie de poser. En droit français, sauf convention contraire, la marchandise sortie du magasin du vendeur voyage aux risques de celui à qui elle appartient (Code de commerce, art. L. 132-7). Concrètement :

  • Vente départ : le prix s'entend au quai du mareyeur. Le transport est facturé en plus, et un colis réchauffé en route est d'abord votre affaire, avec un recours contre le transporteur.
  • Vente rendue : le transport est inclus et, si c'est convenu, le mareyeur assume l'arrivée en bon état. Un franco de port dit qui paie le transport, pas forcément qui en porte le risque : faites-le préciser par écrit.

Quel canal pour quel profil ? Le tableau de décision

ProfilVolume de marée par semaineCanal principalEn complémentPourquoi
Restaurant, carte courteMoins de 20 kgGrossiste local ou poissonnier qui livreUn mareyeur pour une espèce signature, en colis groupéLe colis minimum et le transport par colis pèsent trop au kilo
Restaurant, carte de marée20 à 80 kgUn ou deux mareyeurs en directGrossiste local pour le dépannageLe franco devient atteignable en regroupant les commandes sur deux ou trois jours
Poissonnerie, restaurant gastronomique ou petit groupe80 à 300 kgDeux à quatre mareyeurs de ports différentsGrossiste pour l'import et les manquesPlusieurs ports pour la régularité ; volume suffisant pour négocier rendu
Poissonnier de gros, grossiste régional300 kg à 1 tMareyeurs, plusieurs façadesAchat en criée si un port est procheLe volume justifie une déclaration en criée sur ses espèces clés
Exportateur, grossiste nationalPlus d'1 tCriées en direct (souvent à distance) et mareyeursMareyeurs pour la préparation et le conditionnement exportLe coût du cautionnement et du personnel se répartit sur des tonnes

Repères de la rédaction, ni norme ni statistique : les bons seuils dépendent de la distance au port, du nombre d'espèces et du jour de livraison.

Deux règles se dégagent. D'abord, plus vos espèces sont nombreuses, plus vous avez besoin de plusieurs fournisseurs, car aucun port n'a tout. Ensuite, la criée en direct ne vaut que si vous savez travailler le lot entier, du vidage à la revente des sujets qui ne vous servent pas.

Que change le canal sur le prix rendu ? Un exemple illustratif

Poste, en € par kgCriée en direct (acheteur proche du port)Mareyeur, colis de 10 kg, vente départMareyeur, 40 kg, francoGrossiste local, 3 kg en tournée
Prix d'adjudication en criée10,0010,0010,0010,00
Frais de criée acheteur (hypothèse 2 %)0,200,200,200,20
Caisse, glace, étiquetage0,300,300,300,30
Marge brute du mareyeur (atelier, personnel, invendus, résultat)2,002,002,00
Prix départ mareyeur12,5012,5012,50
Transport0,50 (enlèvement par vos soins)1,80 (18 € le colis)Inclus par le mareyeur, environ 0,700,60 (palette mutualisée)
Marge brute du grossiste (hypothèse 20 % du prix de vente)3,28
Prix rendu chez vous11,0014,3013,2016,38

Exemple illustratif, montants hypothétiques. Le franco ne supprime pas le transport : le mareyeur l'intègre à son prix ou à sa marge.

Trois lectures :

  1. L'écart de prix vient surtout du transport par colis et des marges successives, pas du prix en criée. Entre un colis isolé et une commande au franco, le même poisson perd ici 1,10 € le kilo.
  2. Le grossiste coûte plus cher au kilo, mais pas forcément plus cher au plat. Il vend 3 kg là où le mareyeur impose 10 kg : si 7 kg finissent mal, le prix bas n'existe plus. Le guide du coût matière fait ce calcul.
  3. La criée en direct paraît imbattable tant qu'on ne compte pas le temps passé, le cautionnement immobilisé, la préparation et les invendus du lot.

Pour comparer des fournisseurs qui vendent les uns départ, les autres rendus, ramenez toujours chaque ligne au prix rendu chez vous. Le guide de la mercuriale donne la méthode.

Comment combiner les canaux ?

La plupart des acheteurs réguliers ne choisissent pas un canal, ils en assemblent deux ou trois :

  • un ou deux mareyeurs de référence pour les espèces clés, au franco, avec des calibres stables ;
  • un mareyeur d'une autre façade pour couvrir les jours de mauvais temps sur la première ;
  • un grossiste local pour le dépannage, l'import et les petites quantités.

Chacun envoie sa mercuriale, à son heure et dans son format. C'est là que la comparaison prend du temps : il faut tout ramener à la même espèce, au même calibre et au même prix rendu avant de commander.

Questions fréquentes

Un restaurateur peut-il acheter directement à la criée ?

Oui, s'il se déclare acheteur auprès du gestionnaire de la halle, avec son inscription à un registre professionnel, son numéro de TVA et un cautionnement qui couvre ses achats (code rural, art. D. 932-9). Il doit ensuite enlever des lots entiers : pour quelques dizaines de kilos par semaine, un mareyeur du port reste le chemin le plus simple.

Qu'est-ce qu'un franco de port en marée ?

C'est le seuil, en poids ou en montant, à partir duquel le fournisseur prend le transport à sa charge. En dessous, le transport est facturé en plus, par exemple au colis. Le franco dit qui paie le transport ; qui en porte le risque se convient à part.

Le grossiste est-il toujours plus cher que le mareyeur ?

Au kilo, en général oui, puisqu'il ajoute sa marge. Au prix rendu et pour de petites quantités, l'écart se réduit, parce qu'il livre sans minimum et mutualise le transport.

Peut-on acheter en criée à distance ?

Oui, dans les criées qui le proposent, comme Boulogne-sur-Mer. Les conditions d'accès restent les mêmes que pour un acheteur présent : déclaration et cautionnement.

Qui paie si le poisson arrive chaud ?

Sauf convention contraire, la marchandise voyage aux risques de celui à qui elle appartient (Code de commerce, art. L. 132-7) : en vente départ, c'est en général vous, avec un recours contre le transporteur ; en vente rendue, si c'est convenu, le fournisseur. Écrivez vos réserves à la réception et prévenez le fournisseur sans attendre.

Combien de fournisseurs faut-il pour être bien approvisionné ?

Au moins deux ports différents pour vos espèces clés, plus un dépannage local. Au-delà, chaque fournisseur ajouté est une mercuriale de plus à lire chaque matin.

Sources

Pour aller plus loin